Ces seize mentions viennent de deux textes qui se complètent : l'article 242 nonies A de l'annexe II au
code général des impôts pour ce qui touche à la TVA, et l'article L. 441-9 du code de commerce pour la
relation commerciale. Elles s'appliquent que le client soit un particulier, une entreprise ou une
administration.
1
Le numéro de facture
CGI, ann. II, art. 242 nonies A, 7°
Qui est concerné : Toutes les factures
Un numéro unique, tiré d'une série chronologique et continue. Aucun trou, aucun numéro réutilisé, aucun retour en arrière.
Une remise à zéro par année est admise, à condition que la suite reste ininterrompue : FA2026-001, FA2026-002, et ainsi de suite.
Le cas type
Vous annulez une facture émise par erreur. On ne la supprime pas et on ne réutilise pas son numéro : on émet un avoir qui la neutralise. Un numéro manquant, en contrôle, se lit comme une facture disparue.
Si ça manque
C'est la première chose que regarde un vérificateur, parce que c'est la plus facile à contrôler.
Amende : 15 € par mention manquante ou inexacte, plafonnés au quart du montant de la facture (code général des impôts, art. 1737, II).
2
La date d'émission
CGI, ann. II, art. 242 nonies A, 6°
Qui est concerné : Toutes les factures
Le jour où vous établissez la facture.
Elle doit être émise dès la réalisation des travaux — pas trois mois plus tard, quand vous retrouvez le dossier.
Le cas type
C'est cette date qui fait courir le délai de paiement, donc les pénalités de retard. Antidater pour gagner du temps sur une échéance revient à fausser un document comptable.
Si ça manque
La facture n'a plus de point de départ : ni le délai de paiement, ni la prescription, ni le rattachement à un exercice comptable ne tiennent.
Amende : 15 € par mention manquante ou inexacte, plafonnés au quart du montant de la facture (code général des impôts, art. 1737, II).
3
La date d'exécution des travaux
CGI, ann. II, art. 242 nonies A, 10°
Qui est concerné : Toutes les factures
La date de fin du chantier ou de la livraison, dès lors qu'elle diffère de la date d'émission.
Le cas type
Chantier terminé le 12 mars, facture éditée le 31 mars : les deux dates doivent figurer. C'est la date d'exécution qui détermine l'exercice comptable et le taux de TVA applicable.
Si ça manque
Rien ne prouve quand le chantier s'est achevé — ni pour le délai de paiement, ni pour le départ des garanties.
Amende : 15 € par mention manquante ou inexacte, plafonnés au quart du montant de la facture (code général des impôts, art. 1737, II).
4
L'identité de votre entreprise
Code de commerce, art. R. 123-237 · loi n° 2022-172 du 14 février 2022
Qui est concerné : Toutes les factures
En société : dénomination sociale, forme juridique, montant du capital social, adresse du siège, SIREN et mention RCS suivie de la ville du greffe.
En entreprise individuelle et en micro-entreprise : nom et prénom, précédés ou suivis de « entrepreneur individuel » ou « EI », adresse et SIREN. Cette mention est obligatoire depuis le 15 mai 2022 sur tous les documents professionnels.
Le cas type
Beaucoup de modèles de factures d'auto-entrepreneurs, encore en circulation, ne portent pas le « EI ». Il ne coûte rien à ajouter et c'est un manquement de moins.
Si ça manque
La facture ne rattache plus l'entreprise à aucun registre : le client, son comptable ou son assureur doit vous redemander le numéro.
Amende : 750 €, contravention de 4e classe (code de commerce, art. R. 123-238).
5
Votre numéro de TVA intracommunautaire
CGI, ann. II, art. 242 nonies A, 2°
Qui est concerné : Si vous facturez la TVA
Le numéro individuel d'identification à la TVA du vendeur.
Celui du client professionnel s'y ajoute lorsqu'il est redevable de la taxe. Les factures dont le total hors taxes ne dépasse pas 150 € peuvent s'en dispenser.
Le cas type
Un client qui veut déduire la TVA a besoin de ce numéro. Sans lui, il vous rappellera — ou repoussera le paiement le temps de l'obtenir.
Si ça manque
Le client professionnel ne peut pas justifier sa déduction, et une facture intracommunautaire est rejetée.
Amende : 15 € par mention manquante ou inexacte, plafonnés au quart du montant de la facture (code général des impôts, art. 1737, II).
6
L'identité du client
Code de commerce, art. L. 441-9
Qui est concerné : Toutes les factures
Le nom ou la dénomination du client, son adresse, et l'adresse de facturation si elle diffère.
Le cas type
Une facture au nom du locataire ne se réclame pas au propriétaire, quel que soit leur accord. Le nom porté ici désigne votre débiteur.
Si ça manque
En cas d'impayé, vous ne savez pas contre qui agir, et la facture ne prouve pas à qui les travaux ont été vendus.
Amende : jusqu'à 75 000 € en entreprise individuelle, 375 000 € en société — le double en cas de nouveau manquement dans les deux ans (code de commerce, art. L. 441-9).
7
Le numéro SIREN du client
Réforme de la facturation électronique
Qui est concerné : Nouveau au 1er septembre 2026
Le SIREN du client professionnel devient une mention obligatoire de la facture.
C'est l'une des quatre mentions ajoutées par la réforme, avec l'adresse de livraison, la nature de l'opération et l'option sur les débits. Elles servent à l'acheminement automatique de la facture entre plateformes.
Le cas type
Prenez l'habitude de le demander dès le devis : le jour où la facture doit partir par une plateforme, l'information manquante bloque l'envoi, pas seulement la mise en page.
Si ça manque
À partir du 1er septembre 2026, la facture n'est plus acheminée entre plateformes : elle est rejetée avant d'arriver chez le client.
Amende : 15 € par mention manquante ou inexacte, plafonnés au quart du montant de la facture (code général des impôts, art. 1737, II).
8
L'adresse de livraison
CGI, ann. II, art. 242 nonies A, 7° bis
Qui est concerné : Si elle diffère de l'adresse du client
L'adresse de livraison des biens, lorsqu'elle n'est pas celle du client.
Dans le bâtiment, c'est l'adresse du chantier — rarement celle du siège du client.
Le cas type
Un bailleur fait rénover trois appartements. Trois factures, trois adresses de chantier : c'est ce qui permet à chacun de rattacher la dépense au bon bien.
Si ça manque
L'administration ne peut rattacher les travaux à aucun chantier — c'est pourtant l'adresse qui justifie le taux réduit.
Amende : 15 € par mention manquante ou inexacte, plafonnés au quart du montant de la facture (code général des impôts, art. 1737, II).
9
Le numéro du bon de commande
Code de commerce, art. L. 441-9
Qui est concerné : Si le client en a établi un
Le numéro du bon de commande, lorsqu'il a été préalablement établi par l'acheteur.
Le cas type
Les collectivités, les bailleurs sociaux et les grandes entreprises rapprochent systématiquement facture et bon de commande. Sans ce numéro, la facture reste en attente au service comptable — et le retard vous est imputé.
Si ça manque
Le client renvoie la facture faute de pouvoir la rapprocher de sa commande, et le délai de paiement repart de zéro.
Amende : jusqu'à 75 000 € en entreprise individuelle, 375 000 € en société — le double en cas de nouveau manquement dans les deux ans (code de commerce, art. L. 441-9).
10
Le détail des travaux
CGI, ann. II, art. 242 nonies A, 8° · code de commerce, art. L. 441-9
Qui est concerné : Toutes les factures
Pour chaque poste : la dénomination précise, la quantité, l'unité, le prix unitaire hors taxes et le taux de TVA appliqué.
Séparez la fourniture de la main-d'œuvre. « Travaux divers » n'est pas une dénomination précise.
Le cas type
Deux taux de TVA sur le même chantier — 10 % sur la pose, 20 % sur un équipement exclu — imposent des lignes distinctes. Une ligne unique globalisée rend le contrôle impossible et le taux indéfendable.
Si ça manque
Le client conteste poste par poste, et l'administration ne peut pas vérifier le taux de TVA appliqué à chaque ligne.
Amende : 15 € par ligne imprécise (code général des impôts, art. 1737, II), et jusqu'à 75 000 € en entreprise individuelle, 375 000 € en société au titre du code de commerce (art. L. 441-9).
11
La nature de l'opération
CGI, ann. II, art. 242 nonies A, 8° bis
Qui est concerné : Nouveau au 1er septembre 2026
Indiquer si la facture porte exclusivement sur des livraisons de biens, exclusivement sur des prestations de services, ou sur les deux.
Un chantier avec fourniture et pose relève de la troisième catégorie.
Si ça manque
La facture ne dit plus si la TVA est exigible à l'encaissement ou à la livraison — et à partir du 1er septembre 2026, la plateforme la rejette.
Amende : 15 € par mention manquante ou inexacte, plafonnés au quart du montant de la facture (code général des impôts, art. 1737, II).
12
Les réductions de prix
CGI, ann. II, art. 242 nonies A, 9°
Qui est concerné : Si vous en accordez
Rabais, remises et ristournes acquis à la date de l'opération et directement liés à celle-ci.
Ils se portent sur la facture, pas dans un accord verbal appliqué au moment du règlement.
Le cas type
Un geste commercial de 200 € consenti au téléphone, absent de la facture, se transforme en litige de 200 € le jour du paiement.
Si ça manque
La remise consentie de vive voix n'existe pas : la base de TVA reste le prix plein, et vous acquittez la taxe sur un montant que vous n'avez jamais encaissé.
Amende : 15 € par mention manquante ou inexacte, plafonnés au quart du montant de la facture (code général des impôts, art. 1737, II).
13
Le total HT, la TVA et le total TTC
CGI, ann. II, art. 242 nonies A, 11°
Qui est concerné : Toutes les factures
Le montant de la taxe à payer, ventilé par taux, ainsi que les totaux hors taxes et toutes taxes comprises.
Quand un chantier mélange 10 % et 20 %, chaque base doit apparaître séparément.
Si ça manque
Le client ne peut pas déduire, et l'administration reconstitue la taxe elle-même — au taux normal, sur l'ensemble.
Amende : 15 € par mention manquante ou inexacte, plafonnés au quart du montant de la facture (code général des impôts, art. 1737, II).
14
La date d'échéance du règlement
Code de commerce, art. L. 441-9
Qui est concerné : Toutes les factures
La date à laquelle le règlement doit intervenir. Pas « à réception », pas « sous quinzaine » : une date.
Entre professionnels, le délai est plafonné à 30 jours après l'exécution, ou 60 jours après émission de la facture si le contrat le prévoit.
Le cas type
Sans date d'échéance écrite, les pénalités de retard ne courent pas — vous perdez le seul levier qui fait payer un mauvais payeur.
Si ça manque
Sans date, vous ne pouvez pas établir le retard, donc pas réclamer de pénalités.
Amende : jusqu'à 75 000 € en entreprise individuelle, 375 000 € en société — le double en cas de nouveau manquement dans les deux ans (code de commerce, art. L. 441-9).
15
Les conditions d'escompte
Code de commerce, art. L. 441-9
Qui est concerné : Toutes les factures
Les conditions d'escompte en cas de paiement anticipé.
Si vous n'en accordez pas — c'est le cas le plus fréquent — il faut l'écrire : « Escompte pour paiement anticipé : néant ».
Le cas type
C'est la mention la plus oubliée de toutes, parce qu'elle consiste à écrire qu'on n'accorde rien. Son absence reste un manquement.
Si ça manque
La mention « néant » est aussi obligatoire que le reste : ne rien écrire est un manquement, pas une abstention.
Amende : jusqu'à 75 000 € en entreprise individuelle, 375 000 € en société — le double en cas de nouveau manquement dans les deux ans (code de commerce, art. L. 441-9).
16
Le taux des pénalités de retard
Code de commerce, art. L. 441-9 et L. 441-10
Qui est concerné : Toutes les factures
Le taux des pénalités exigibles le jour suivant la date de règlement inscrite sur la facture.
À défaut de taux convenu, c'est le taux de refinancement de la Banque centrale européenne majoré de dix points. Le taux convenu ne peut pas descendre en dessous de trois fois le taux d'intérêt légal.
Le cas type
Un client qui règle à 90 jours au lieu de 30 vous emprunte votre trésorerie pendant deux mois, gratuitement. Le taux inscrit sur la facture est ce qui met un prix sur ce retard — et, en pratique, ce qui fait ressortir les chèques.
Devant le juge
Cour de cassation, chambre commerciale, 3 mars 2009, n° 07-16.527 — les pénalités de retard sont dues de plein droit, sans rappel, et sans qu'il soit nécessaire de les avoir prévues aux conditions générales. Une reconnaissance de dette signée par le client ne les efface pas davantage.
Cet arrêt vous protège face au client qui prétend n'avoir jamais vu de pénalités : il les doit quand même. Il ne vous dispense de rien pour autant — écrire le taux reste une mention obligatoire. Ce que vous pouvez réclamer à un mauvais payeur et ce que l'administration attend de votre facture sont deux questions distinctes.
Si ça manque
Le taux fait partie des mentions imposées par l'article L. 441-9. Le droit de réclamer les pénalités ne dispense pas de l'obligation de les écrire.
Amende : jusqu'à 75 000 € en entreprise individuelle, 375 000 € en société — le double en cas de nouveau manquement dans les deux ans (code de commerce, art. L. 441-9).